Rousseau : les sept vies d'un visionnaire

Nomade et sédentaire, solitaire et altruiste, utopiste et réaliste,
progressiste et réactionnaire, croyant et agnostique, père
absent et pédagogue, partisan d'un ordre souverain et précurseur
du pacte républicain : le «citoyen de Genève» n'est pas avare en
paradoxes.
Peu d'hommes de lettres, en effet, ont été à ce point célébrés et
calomniés. Ses détracteurs lui ont reproché son narcissisme, ses
naïvetés, ses provocations et sa manie de la persécution. Précurseur
de l'autofiction, il serait le champion de l'autosatisfecit. «Faux
misanthrope rococo», dira Hugo de l'écrivain - sans l'humour de
Voltaire et la vivacité de Diderot, deux des encyclopédistes qui
finirent par le prendre en grippe.
Et, pour les mêmes raisons, en avance de plusieurs décennies sur
son temps : en plein XVIII<sup>e</sup> siècle, «Jean-Jacques» est ethnologue,
linguiste, psychanalyste, politologue et même chercheur en acoustique
expérimentale ! Sans oublier son projet de «contrat social»,
qui fera du prophète laïque l'objet d'un culte révolutionnaire.
C'est ce «maître incontesté de l'école buissonnière» que dépeint
Valère-Marie Marchand, un «contemplatif sans domicile fixe»
qui le premier osa «provoquer la censure en duel» et exhiber ses
états d'âme. Elle retrace les vies multiples de l'«enfant sauvage»
du siècle des Lumières, tout à la fois écrivain, graveur, philosophe,
musicien, chimiste et botaniste. «Homme à paradoxes»
plutôt qu'«à préjugés», ainsi que l'ermite d'Ermenonville aimait
lui-même à se définir...