Pan de liquette au fusil

La guerre de 1939-1940 nourrit ce récit, qui décrit la conscription précipitée de civils nullement formés et fort peu concernés par les enjeux du conflit, les grandes manœuvres préparatoires d'une guerre de positions qui aurait répété simplement la Première Guerre mondiale, l'absurde ennui des casernements, l'invasion, la montée de l'horreur. S'égrènent d'abord les souvenirs de l'avant-guerre à Paris, à Reims d'où l'auteur était originaire, dans la vallée de la Marne - vie facile en apparence - ; puis sur le Nord-Est de la France au début du conflit. C'est ensuite la «drôle de guerre». Ce récit libre, caustique, d'une grande qualité d'écriture, atteste un esprit critique dont les constats n'épargnent aucune responsabilité dans le déroulement du cataclysme.
«Cela ne va pas naturellement sans une solennelle proclamation qu'on peut interpréter ainsi : nous avons déclaré la guerre aux voisins d'en face et nous sommes parfaitement incapables de les empêcher d'envahir le territoire. Nous vous avons déguisés en soldats, maintenant démerdez-vous. Nous, nous partons déguster le saint-émilion en attendant d'apprendre le récit de vos exploits...»
«L'échantillonnage complet de chez Krupp nous dégringole sur la tête : fusants, percutants, gros et moyens calibres, tout est représenté pour la dégustation. Je m'emboîte dans le lit d'un ru, contre un arbre aux vastes dimensions. Derrière cet abri, je ne bouge pas plus qu'un terme. La flotte pourtant me dégouline depuis le col jusqu'aux croquenots, mais c'est là moindre mal. Chacun s'est planqué, cherchant une protection naturelle, et attend la fin du cauchemar. Le sol tressaille, les branches d'arbres, hachées par les éclats, nous recouvrent déjà de leur verdure, futur linceul naturel. Chaque mètre carré est travaillé en profondeur par un nombre incroyable de marmites.»
«Les portes du ciel ne s'ouvriront que devant ceux qui auront connu le sentiment de l'amour et versé des larmes amères.»