Sujets à croire : questions de théologie et de psychanalyse : en hommage à Roland Sublon

Le sujet n'est pas l'homme. Mais l'homme, l'homme de la modernité, s'est
installé de façon décisive en position de sujet. A-t-il pour autant pris la place
de Dieu ? S'il n'est plus certifié dans sa croyance, le sujet qui s'assure de lui-même
et de son savoir n'en reste pas moins affronté à l'in-croyable, à l'impensé,
à l'in-conscient.
Tel est le défi devant lequel se rencontrent, dans ce livre, psychanalystes informés
de la tradition chrétienne et théologiens ouverts à la conceptualité
psychanalytique. Un ordre donné se présenterait-il, un ordre des symboles
naturels sur quoi tabler et à partir des normes duquel rectifier l'imaginaire
des sociétés et de l'individu ? Quant au Dieu qui se révèle à l'homme, est-il
celui qui l'écrase de sa supériorité, en sorte que l'incarnation n'aurait lieu que
comme un semblant ? On l'entrevoit : l'hérésie chrétienne ordinaire et les
tentations des clercs de la psychanalyse ne sont pas sans accointances.
De semblables fascinations naturalistes aussi bien qu'autoritaires, ce n'est pas
quelque séduction nouvelle qui nous en délivrera. Telle est la leçon de
Roland Sublon : le prophète est menteur, parce que parlant ; il ne nous dispense
pas, en d'autres termes, de faire foi à son témoignage en justifiant à
notre tour, loin de toute persuasion enthousiaste, nos convictions. Cette
leçon est ici déclinée, au milieu d'autres intervenants, par quelques-uns des
élèves et amis du théologien et psychanalyste, dans des domaines aussi
variés que la mystique, la psychiatrie, la philosophie, le droit canonique, la
morale sociale. Divers accès sont ainsi ménagés pour le lecteur à une oeuvre
aussi exigeante qu'elle est stimulante et libre.
Fruit d'une rencontre, occasion d'un hommage, ce livre est avant tout le lieu
d'une question. Le sujet en effet, traqué, enserré, subjugué, échappe. «Il n'est
pas ici.» Car le sujet, dit Sublon, est constitué par sa question.