L'homme et la terre : de Charlemagne à Saint Louis : essai sur les origines et les caractères d'une féodalité. Vol. 2

Le régime féodal n'est ni un commencement absolu, ni un état tellement original
qu'il faille le distinguer de tout autre. Il n'est point né, un beau matin, dans
une île déserte. Comme toute période de l'Histoire humaine ce fut un présent,
qui, chaque jour, glisse vers son avenir sans jamais dénouer entièrement les liens
qui l'enchaînent au passé. [...] Il semble démontré que les gouvernements, institués
par les Carolingiens, devinrent des principautés, voire des royaumes à peu
près indépendants, sous l'autorité des ducs, des comtes, des marquis et autres
fonctionnaires émancipés. [...] Au point de départ se révèle ce qu'on pourrait
appeler : l'état carolingien du Limousin. Dans quelle mesure cette portion du
centre de la France apparaît-elle organisée, civilement et religieusement, suivant
les méthodes gouvernementales de la seconde dynastie franque ? Y voit-on
survivre, mêlés aux dispositions récentes des capitulaires impériaux, quelques
vestiges de la civilisation gallo-romaine ? Quelle mixture de peuples archaïques et
de tribus barbares - déjà fondue ou en voie de l'être - représente sa population ?
Il importe de connaître le plus possible de tout cela : hiérarchie ecclésiastique,
administration civile, peuplement du pays. N'est-ce point là, en effet, la matière
même que nous cherchons à voir évoluer, celle que trouva devant lui le vicomte,
ce fonctionnaire nouvellement désigné, quand, sur la fin du règne de Charles le
Chauve, le comte de Toulouse lui confia le Limousin pour y gouverner désormais
en son lieu et place ? D'autre part, lui-même, personnellement, que représentait-il
face à cet ensemble d'hommes et de positions acquises ? Que valaient sa
situation, son importance, sa «surface» sociale, comme on dit aujourd'hui ?
Était-il originaire de la contrée ? Venu d'ailleurs ? De quels pouvoirs disposait-il ?
Que valaient sa situation, son importance, sa «surface» sociale, comme on dit
aujourd'hui ? Était-il originaire de la contrée ? Venu d'ailleurs ? De quels pouvoirs
disposait-il ? Traiter ces questions préliminaires semble la seule façon, vraiment
objective, d'apprécier ensuite les modifications et les
survivances des institutions carolingiennes dans l'âge
postérieur... ( extrait de l'Avant-propos ).