Salomé, ma salamandre

Salomé, ma salamandre
« [...] C'est dans ce trouble extrême que je l'ai vue pour la première fois, la jeune fille qui se tient, un peu en retrait, entre Marie soutenue par Jean à sa droite et deux femmes d'âge mûr à sa gauche - Marie-Madeleine qui débouche un flacon d'aromates et Marie-Cléophas, la couronne d'épines entre les mains. Un peu en retrait mais quasiment au centre. Or, selon l'invariable composition d'une Mise au tombeau en ce début du XVI<sup>e</sup> siècle, il ne peut s'agir que de Marie-Salomé, femme de Zébédée et mère de Jacques et Jean - pourtant quel rapport entre cette femme mûre, si l'on en croit la tradition biblique, et cette discrète figure dont la fraîcheur est celle de la prime jeunesse ? Choc d'une rencontre à la mesure de la beauté et du sens réunis - mais quel sens ? Qui est-elle, cette jeune fille, avec son visage ovale et plat, ses traits d'une exquise délicatesse[...], cette Salomé, pour que le sculpteur, en la plaçant pour ainsi dire au centre, ait tacitement indiqué l'importance qu'elle avait à ses yeux ? »