Pouvoir et religion en Europe : XVIe-XVIIIe siècle

Si le religieux est aujourd'hui affaire personnelle et n'est pas
censé interférer avec le politique, il en allait tout autrement
dans l'Europe moderne.
Dans l'ancien monde, où la religion était structurante et
commandait à tout et tous, le christianisme a forgé des
concepts essentiels à la régulation des sociétés. Trois
principes ont façonné les rapports entre Églises et États :
l'autorité vient de Dieu, les pouvoirs temporel et spirituel
sont indépendants, les fins humaines sont subordonnées
aux spirituelles. Ce cadre restait toutefois assez large pour
justifier des politiques différentes. Les théologiens n'ont pas
dicté une réponse unique quand le souverain, fût-il le pape,
se trouva confronté à un conflit.
Déstabilisées par les réformes du XVI<sup>e</sup> siècle, les monarchies
surent tirer profit de la dislocation de la Chrétienté latine,
abandonnant la guerre religieuse pour la raison d'État. Aux
siècles suivants, alors que le désenchantement du monde
ôtait à la Création son aspect magique, l'essor du rationalisme
contribua autant à extraire la religion du champ politique
qu'à asseoir la tutelle de l'État sur l'Église.