Droit et cultures, n° 65. Les justices alternatives et leurs avatars

«Comme vous jugez, vous serez jugés...» ; les jugements d'une société
révèlent ses traditions, ses structures fondamentales. Justice horizontale,
justice verticale, jugement de Dieu, syllogisme judiciaire, les modes de résolution
des conflits sont multiples et se déclinent en fonction des modèles
culturels et politiques. Les systèmes de droit civil - autrement appelé droit
continental ou encore droit romano-germanique du fait de leur héritage
romain - ont longtemps tenu pour la voie judiciaire. Aujourd'hui, les justices
informelles ont bonne presse, qui invitent à réexaminer les fonctions mêmes
du jugement.
A l'aube du XXI<sup>e</sup> siècle, ce sont de grands changements qui bouleversent
la configuration de nos systèmes judiciaires. La question est importante
qui concerne finalement la place respective de la société civile et de l'État,
l'étendue de la compétence de l'État en matière de justice. Dans le contexte
de la mondialisation, les systèmes de droit écrit sont mis à rude épreuve. La
réception des justices alternatives dans les systèmes de droit civil traduirait-elle
la difficulté de ceux-ci à résister au régime anglo-saxon de Common
Law ? L'identité du modèle issu du droit romain serait-elle menacée ? Faut-il
croire à une consubstantialité des modèles judiciaires, chacun empruntant sa
cohérence à une forme d'organisation des pouvoirs, à une certaine façon de
penser la communauté des citoyens et sa relation à l'État ?
D'Orient en Occident, le droit se cherche ailleurs que dans les prétoires
pour tenter de comprendre ce que peut représenter cette altérité judiciaire.
Une enquête qui nous transporte aux origines juridiques de l'Europe, l'occasion
de montrer que l'opposition des modèles droit écrit- Common Law n'est
peut-être pas si radicale, des modes alternatifs de résolution des conflits se
rencontrant aussi dans le passé des systèmes de droit civil.