Le sourire de l'ange

«L'opération consiste à coincer sa victime. La neutraliser. Le geste est
délicat, le "poisson" ne doit pas gigoter. Une fois l'individu bien calé - contre
un mur ou une voiture -, il suffit de lui inciser les commissures des lèvres à
l'aide d'un cutter. Les entailles n'ont pas besoin d'être larges.»
Le «sourire de l'ange», une variante du sourire kabyle, se répand
aujourd'hui à la sortie des boîtes de nuit, dans certains quartiers : on verse
du citron sur la blessure et, la victime ne pouvant s'empêcher de hurler,
se déchire les joues jusqu'aux oreilles.
Joseph Vidal, orphelin de dix-sept ans, débarque dans une cité de la
banlieue mulhousienne, où vit son grand-père maternel qu'il n'a jamais
rencontré. Tout les sépare. Le premier, un vieux bolchevik, rescapé des
camps nazis, a rejeté en bloc le judaïsme, le second est un jeune Israélien.
Entre eux plane le fantôme de la mère tragiquement disparue.
Joseph - qui très vite s'appellera Pierre sur les conseils de son grand-père
- fait alors l'expérience d'un monde aux antipodes du sien. Mais les
événements au Proche-Orient s'enflamment. En France, les relations
entre les communautés juive et musulmane se dégradent. Joseph, qui se
sent plus Israélien qu'israélite, ne se croit pas visé. Il ignore que personne
ne s'embarrasse de cette distinction.
Un roman d'apprentissage, qui éclaire d'un jour réaliste un problème
de société, avec subtilité. Le talent de la jeune romancière s'affirme ici
dans une inspiration encore une fois renouvelée.