Variations et diversités éducatives au Niger

Au Niger, comme dans d'autres pays, la distance qui sépare la culture
scolaire de celle des élèves semble limiter leur désirabilité à l'égard de l'école,
d'autant plus qu'une grande partie des diplômés ne trouvent pas de débouchés
sur le marché du travail. Dans certains milieux socioculturels, l'éducation ne
relève pas de la scolarisation occidentale, mais d'une éducation à la vie sociale
et productive par le biais des aînés, et/ou d'une scolarisation socioreligieuse
dispensée par des enseignants coraniques. Assez souvent, ces différents modèles
se juxtaposent, amenant les jeunes à passer d'un espace de référence à un autre,
avec parfois des effets pervers les conduisant à s'acculturer à la forme de socialisation
dominante et à rejeter les autres.
Si les auteurs de cet ouvrage considèrent l'éducation scolaire nécessaire, ils
s'interrogent sur la pertinence des moyens employés et l'hétérogénéité des projets
mis en oeuvre. La distance entre les réalités socioculturelles des populations
et les objectifs des bailleurs de fonds ne permet toujours pas au Niger de disposer
pleinement d'un système éducatif qui corresponde à ses besoins réels. Cette
fuite en avant semble s'être renforcée depuis 2002, l'État nigérien ayant reçu un
appui économique sans précédent afin de massifier la scolarisation élémentaire.
Si l'augmentation du taux de scolarisation donne statistiquement une image
rassurante, le taux de déscolarisation demeure important tandis que les taux
d'achèvement sont toujours aussi faibles et parfois en régression en milieu rural
(notamment chez les filles).
L'enseignement coranique de son côté permet de socialiser une grande partie
de la jeunesse, notamment celle qui n'a pas accès ou qui n'éprouve pas/plus
de désirabilité vis-à-vis du modèle scolaire occidental. Mais devant la dégradation
de la situation socioéconomique du pays, les conditions de vie de certains
élèves envoyés mendier ou travailler pour leur maître coranique ainsi que les
châtiments corporels qu'ils peuvent recevoir questionnent le bien-fondé de cet
enseignement.