Physique et théologie : lecture du Timée de Platon par Proclus

Dans son Commentaire sur le Timée de Platon , Proclus (412-485),
un des derniers grands représentants de l'École
d'Athènes au V<sup>e</sup> s. ap. J.-C., dit de la physique exposée dans ce
dialogue qu'elle est «géométrique» ( i.e. démonstrative,
scientifique). Il dit aussi de cette physique qu'elle est «une sorte
de théologie». Partant de cette idée, et à la lumière de la
conception néoplatonicienne de la dialectique comme science
première et comme «gymnastique» préparant à la saisie
intellective des principes divins, A. Lernould met en évidence la
progression dialectique que Proclus, par delà le cadre
«géométrique» qu'il applique au discours de Timée, imprime,
en profondeur, à ce discours. Cette dialectisation du Timée est
ici analysée dans le livre II du Commentaire (qui porte sur Tim.
27c1-31b4). Il est montré comment, selon un mouvement en
spirale, la pensée revient toujours sur les mêmes Causes divines
(le Démiurge, le Modèle, l'Un), qui font ainsi l'objet d'une saisie
conceptuelle toujours plus serrée et d'une différenciation
scientifique toujours plus précise. L'idée selon laquelle le
commentaire ancien peut être une forme d'exercice spirituel
prend ainsi, dans le cas de Proclus, toute sa signification
philosophique, en même temps qu'apparaît la nécessité de
reconsidérer la distinction faite, dans l'oeuvre du Lycien, entre
ouvrages dits «systématiques» et commentaires.