L'attache aveugle

Un écrivain devenu aveugle sollicite l'aide d'une secrétaire : elle sera en quelque sorte sa main, sa voix, "son œil de service". Quoi de plus simple qu'une telle transaction ?
Or, tout au long des cinq semaines que va durer leur collaboration, les liens entre les deux protagonistes prennent une tournure inattendue, et contraire à celle que voudrait la convention sociale : on ignore ce que dit mademoiselle Argentine à son employeur ; et c'est à peine si sont suggérées quelques-unes des attitudes de la jeune fille. Cependant, par sa seule présence, elle initie ce corps handicapé à la beauté du monde, et conduit l'écrivain à reconsidérer son rapport à l'écriture.
Le texte de Laurent Girerd est la confidence que cet homme adresse à sa secrétaire, sous la forme d'un monologue dont l'intensité dramatique ne cesse de croître : d'abord drapé dans le luxe de formules brillantes et caustiques, comme s'il avait dû se protéger contre une effraction, il abandonne peu à peu la hauteur où il s'était réfugié, apprend l'humilité, découvre le vrai sens du silence, et s'ouvre, émerveillé, à cette évidence que «recommence pour lui le miracle de vivre, bien que condamné».