Proust inachevé : le dossier Albertine disparue

La dactylographie d'«Albertine disparue» corrigée par Proust en
1922 a révélé à un degré encore insoupçonné l'inachèvement d' À
la recherche du temps perdu à la mort de son auteur, ouvrant une
crise éditoriale sans précédent dans l'histoire du texte et déstabilisant
le discours critique. Le présent ouvrage dresse le bilan de la
question. Il retrace en détail la genèse de 1922, en la resituant dans
le contexte plus large du projet proustien : une ambitieuse série
éditoriale comptant jusqu'à «cinq, sinon six» Sodome et Gomorrhe
au sein de quoi «Albertine disparue» aurait trouvé place à la suite
de «La Prisonnière», dans Sodome et Gomorrhe III. Il dégage la
pertinence de gestes d'écriture qui mettent en oeuvre une refonte
méditée de l'«épisode» d'Albertine, et jette les bases d'une herméneutique
de l'inachevé : c'est en fonction de la poétique de la préparation
et de l'esthétique du renversement qu'on peut discerner
les horizons du texte, et lui restituer sa signification intentée, du
côté du rebondissement et du roman d'intrigue. Dénouant pour les
renouer plus serrés les fils de la composition à laquelle il tenait
tant, Proust nous a légué deux Recherche contradictoires. En procurant
la version des cahiers manuscrits, la tradition éditoriale
posthume, dont on dresse ici le bilan, a fait connaître la première.
«Albertine disparue» esquisse celle qui aurait pu être.