Des deux mains

Je suis gaucher. Vous vous en fichez ? Vous avez tort. Il y a
là-dessus de quoi penser des pages et des pages. Je n'ai pas
dit écrire, ce n'est pas mon jour de clavier, j'ai plutôt une
envie de dessiner. Je n'aime pas ma main droite, celle qui
écrit - en vieille contrariée qu'elle est - à la plume et tant
moins bien que toujours mal.
Je préfère «l'autre main», celle que les professeurs ont laissée
intacte, qui de dextre à senestre dessine, peint et grave.
Des deux mains en même temps, je peux sans effort
d'attention particulier faire diverger une phrase à partir
d'un point central. Dans le sens usuel avec la maladroite et
dans le sens inverse avec l'instinctive - la gamme ascendante
et descendante du pianiste - et je me demande : si mes bras
s'allongeaient indéfiniment comme dans un rêve, où cela
s'arrêterait-il ? à quels horizons ? vers quelle jonction ?
P.A.