Le bout du monde : théâtre

Comment dire le bonheur et l'émotion ressentis, une fois
encore, au contact de l'écriture d'Elie Pressmann, cette écriture
poétique si forte, si moderne, qui jongle avec la jungle des sentiments
humains et bouleverse toutes les cartes de nos géographies
intimes. Il y a de l'oignon dans ses rires et de l'espérance
béante dans ses larmes, il y a ce fol enthousiasme désespéré de
ceux qui vont de l'avant sans jamais être dupes de ce qui se
cache derrière. Une danse de vie et de mort endiablée tanguant
dans les blessures de l'âme et les monstruosités de l'Histoire,
une danse à la fois sensuelle et grotesque où le charnel se nourrit
à jamais de nos charniers secrets, où les corps s'enlacent avec
frénésie comme des naufragés cherchant à partager ce qu'ils savent
du monde, où chacun redoute en silence, emporté par le
tourbillon du destin, que la promesse d'une Terre apaisée ne
soit elle-même qu'un beau rêve en dérive...
Sa pièce parle de la société d'aujourd'hui, de la précarité
de l'existence et du statut social : un jour, on est quelqu'un
quelque part où l'on croit faire quelque chose d'utile... un
autre jour, on est assis par terre, n'importe où, pauvre au milieu
des pauvres et oublié de tous, on est arrivé au bout, à son
propre bout du monde, au bout de sa propre histoire, là où les
coeurs se mettent à nu pour continuer à battre, là où la vie est
palpable, précieuse, débarrassée des cartons-pâtes et des faux-semblants
des identités provisoires. Plus de rôles à jouer ! Finie
la mascarade ! Et tout ça s'est passé si vite...