Interprétations de la pensée du soupçon au tournant du XIXe siècle : lectures italiennes de Nietzsche, Freud et Marx

«Le soupçon mitteleuropéen en Italie au tournant du XIX<sup>e</sup> siècle». Cet ouvrage
rassemble les interventions du colloque tenu à Besançon en décembre 2009, qui a
réuni historiens, historiens des idées et littéraires italiens et français.
La question est de savoir à quel moment la pensée démystificatrice de Freud,
Marx et Nietzsche est arrivée en Italie, selon quelles interprétations, et au prix
de quels infléchissements conceptuels. Pays catholique et profondément ancré
dans ses traditions, instable, en quête d'une identité nationale, mais aussi critique
envers l'État libéral et sa corruption, l'Italie voudra voir dans le conflit mondial
une possible issue, puis dans le fascisme une révolution rédemptrice. Quelle fut,
dans cette conjoncture, la place des «trois maîtres du soupçon» ? Quel rôle
ont-ils joué dans ce moment précis de l'histoire des idées, devenu un chapitre
dramatique de l'histoire italienne et européenne ?
Nietzsche, interprété alors comme le philosophe de la volonté de puissance,
est devenu le mythe d'une génération qui attendait de la guerre une nouvelle
naissance. Marx, lui, a trouvé dans la figure emblématique d'Antonio Gramsci un
interprète critique et très peu orthodoxe. En revanche, en ce début de siècle, la
pensée freudienne a été accueillie avec plus de difficulté. Introduite à Florence par
la revue La Voce, elle n'a marqué directement que très peu d'écrivains, tous de
Trieste, la ville-port de la Mitteleuropa, carrefour linguistique et culturel, et donc
lieu privilégié des recherches que nous rassemblons ici.