Mémoires

Le nom d'un seul être symbolise rarement une époque. C'est
pourtant le cas de Barras : il demeure l'homme du Directoire,
régime sans grande autorité, succédant à la Terreur et dont
la liberté de moeurs a été jugée sévèrement. Il passe surtout
pour l'amant de Joséphine de Beauharnais qu'il a jetée
dans les bras de Bonaparte, dont il a assuré la carrière avant
que celui-ci ne l'évince du pouvoir. Aventurier, jouisseur
corrompu, vivant dans un luxe effréné, cet aristocrate
provençal rallié à la Révolution s'impose comme l'un de ceux
qui mirent fin au pouvoir de Robespierre et permirent à la
République de survivre quatre ans encore, au long d'une
sorte de principat exercé au milieu des orages, avant l'établissement
du Consulat et de l'Empire. Proche de la jeune
génération romantique lorsqu'il se mit à écrire ses Mémoires ,
il prit conscience de l'intérêt romanesque de ses souvenirs :
sa jeunesse aventureuse, ses relations avec Mme de La
Motte dans l'affaire du Collier, sa visite chez Robespierre au
printemps 1794, sa découverte horrifiée de l'enfant du
Temple, le récit détaillé du 9 Thermidor, ses rencontres
avec Mme de Staël, Talleyrand, Fouché...