Maman Odile : d'une guerre à l'autre dans le nord de la France : récit

«J'ai expliqué au père Drouart que je voulais me faire
photographier comme ma soeur l'avait fait elle-même à
Roubaix, avec le portrait de son mari parti à la guerre. Assise
sur une chaise, le coude posé sur une petite table sur laquelle
on aurait disposé un bouquet de trois roses, et au-dessus
de moi : le portrait de mon mari en uniforme. Portrait que je
fixerai du regard comme pour lui signifier qu'il n'avait jamais
quitté, ni mon coeur ni mon esprit.» (extrait)
Il est des deuils dont on ne se remet jamais.
Celui qu'a éprouvé ma grand-mère maternelle à l'égard de
son premier époux, mort au front, au tout début de la guerre
de quatorze, mais déclaré mort officiellement qu'en 1920, en
fait assurément partie !
C'est dans le Nord de la France, tout près de Roubaix que
Maman Odile (comme nous l'appelions) a vécu la double
occupation allemande sans jamais se remettre à aimer pour
de bon, ni son second mari, ni même son propre et unique
enfant : ma mère !