La République coloniale

La «République coloniale»... Cette
figure étrange, hybride, un peu
monstrueuse puisqu'elle rassemble
deux visions opposées, résume
l'utopie d'un Empire républicain,
d'un impérialisme démocratique, d'une «plus grande
France». Pendant près d'un siècle, la République sera en
guerre, militairement et juridiquement, pour maintenir
son autorité sur des dizaines de millions d'indigènes.
En même temps, la République colonise par générosité,
par bonté. «Il y a pour les races supérieures un droit,
parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de
civiliser les races inférieures», déclare Jules Ferry devant
la Chambre des députés, le 28 juillet 1885. Le rêve d'une
mission civilisatrice accompagnera ainsi les massacres,
l'exploitation brutale, le déni du droit.
Cet essai décrit l'intime intrication entre «République»
et «colonisation», et révèle la participation active des
républicains à l'aventure coloniale. Il ouvre de nouvelles
pistes de réflexion pour comprendre pourquoi la colonisation
fut en grande partie oeuvre républicaine, en
quoi elle a renforcé la République elle-même, et comment
ce «couple maudit» engendre toujours des situations
de crise en ce début de XXI<sup>e</sup> siècle.