La vida de sant Honorat

Les visiteurs de l'Ile de Lérins, à proximité de Cannes, peuvent voir non
seulement l'île elle-même mais aussi ce qui est aujourd'hui une abbaye
cistercienne fondée aux alentours de 410 de notre ère par Saint
Honorat (350-429), hermite, moine et évêque d'Arles. C'est à peine si l'île a
physiquement changé, et son paysage sauvage et implacable explique bien la
nature de beaucoup d'événements décrits dans ce texte en vers, surtout le
massacre terrifiant de la communauté après la mort d'Honorat, massacre qui
contient d'horribles détails, fait très rare dans les narrations médiévales.
Vu l'importance du récit, fondé sur neuf manuscrits, il est étonnant
qu'aucune édition complète n'ait jamais été publiée jusqu'à cette date. Feue
Ingegärd Suwe Ericsson, une savante suédoise, avait entrepris de publier
pour son doctorat une édition des deux premiers livres, approximativement
la moitié du texte, et le volume, qui a paru en 1943, est depuis longtemps
difficile à trouver dans les bibliothèques. Elle avait espéré, par la suite, créer
une édition complète, mais, malheureusement, son rôle de professeur, les
soins qu'elle a prodigués à son mari et, plus tard dans sa vie, sa propre santé
l'ont empêchée de continuer et de compléter ce travail. En 1988, elle a
contacté une amie, Regina af Geijerstam, à présent professeur émérite
d'espagnol de l'Université de Stockholm, pour lui demander si elle voudrait
trouver un éditeur qui pourrait terminer le travail, pour lequel Suwe Ericsson
avait établi le texte des trois derniers livres. En 1989, Peter Ricketts a fait le
voyage à Östersund, où habitait Suwe Ericsson, et il a décidé d'entreprendre
lui-même ce travail. Ingegärd est morte en 1991. En 2000, Cyril Hershon a
offert son soutien pour mener à bien le projet entier.
L'Association Internationale d'Etudes Occitanes a donné son accord pour
que la deuxième moitié de l'oeuvre, qui décrit les miracles d'Honorat après sa
mort soit publiée, mais aussi pour que l'édition de Suwe Ericsson y trouve sa
place, de sorte que l'oeuvre entière est à présent disponible en un seul volume.
L'édition de 1943 a été respectée, à part quelques améliorations apportées
au texte. L'introduction de Suwe Ericsson étudie la tradition manuscrite,
ainsi que la langue du scribe et de l'auteur grâce à une analyse linguistique
complète des premiers 4127 vers. Des éléments mineurs, tels que le résumé
en français et la liste des erreurs trouvées dans la vénérable édition de
Sardou, ont été omis. Par la suite, on a intégré la première et la deuxième
partie du poème : le texte, accompagné en regard de l'apparat critique et des
notes, un glossaire sélectif, une table des noms propres, et une bibliographie
mise à jour.
Le tout constitue un texte qui mérite l'attention et comble un manque
important dans le répertoire des textes médiévaux.