Place de Kalouga : chroniques de Russie, 1991-1994

La narratrice, intrépide et discrète, associe, à Moscou ou ailleurs,
un regard subtil et délié à l'expression d'une exigence morale
jamais prise en défaut : une inquiétante familiarité s'installe,
lumineusement, dans le quotidien banal et ces rituels «possibles
et imaginables».
Nous sommes parfois dans une intimité dangereuse qui fixe
l'au-delà des personnes (en particulier les femmes, écoutées et
décrites avec art) et des choses ; la «mâle politique» devenue sa
propre caricature jusqu'au cauchemar.
Entre-temps le burlesque demeure : nous rions aussi, Marx
tendance «Brother» : le commandant de bord joue aux cartes,
vodka en poche, sommé de prendre son poste dans la cabine de
pilotage, l'ambulance fait taxi, le chat coûte plus cher que sa
gardienne etc. Les corps abandonnés dans la rue révèlent aussi ce
qui fait «tache dans le décor».
En perçant les remparts de la Forteresse, Madeleine Maillard nous
restitue dans ces chroniques des habitants souvent chaleureux et
une atmosphère parfois féerique : Moscou dans tous ses états,
pleurant et riant.