Mouvements, n° 83. Ma cité a craqué : dix ans après les révoltes urbaines de 2005

«Qui se souvient des émeutes de 2005 ?» demandait, bravache,
Manuel Valls le 20 janvier 2015. Le souvenir des trois semaines
de révolte demeure pourtant bien présent dans les quartiers populaires
et dans l'imaginaire collectif. S'il n'a pas provoqué les réponses
politiques à la hauteur de la crise sociale, urbaine et démocratique
qu'il révélait, l'événement a marqué une génération, suscitant des
initiatives multiples et des formes diverses de politisation «à bas
bruit». Dix ans après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, ce
numéro vise moins à faire le bilan des «émeutes de 2005» que de la
décennie qui a suivi cette révolte des quartiers populaires, pour tenter
de dégager des perspectives politiques dont l'absence a été crûment
mise à jour par les débats publics du mois de janvier 2015.
Mouvements a suivi avec enthousiasme (et désespoir aussi, au moment de la mort
de Rémi Fraisse) les mobilisations récentes hors des villes pour la protection d'un
territoire, la préservation d'espèces menacées ou le refus de grands projets inutiles
et imposés. Les modalités de ces luttes (ZAD, convergences sociales - étudiants,
anarchistes, paysans, riverains) dessinent des figures prometteuses pour le mouvement
social. L'objectif de ce numéro est d'explorer la vitalité politique du monde
rural en surmontant deux obstacles : notre méconnaissance de cet univers et notre
ignorance de son histoire politique. Au-delà du constat et de l'histoire, ce dossier
entend donner la parole à ceux et celles qui renouvellent les pratiques politiques
dans ces espaces trop vite jugés éteints.