Le travail, hier et aujourd'hui : mémoires de Lubumbashi

Dans les régions industrialisées du Congo-Zaïre - et tout
spécialement au sud du Katanga -, le travail salarié ainsi que ses
avantages sociaux étaient désignés sous le terme swahili kazi. A
travers ce statut, les hommes sont entrés dans l'ère «moderne» et
leurs femmes ont suivi. Le kazi occupait une place centrale dans la
culture urbaine de Lubumbashi, de même que dans la pratique locale
de la religion chrétienne.
Au cours de la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle, la décomposition des
univers de type colonial suivie de la désindustrialisation - donc la
perte des postes salariés en grandes entreprises - ont entraîné la crise
sociale. Tirant leur subsistance du travail industriel, mais aussi la
raison de leur implantation loin des villages d'origine, les populations
sinistrées ont tout perdu avec la fin du kazi. Aujourd'hui, leur fierté de
participer au développement du pays a disparu. La plupart des
hommes sont incapables même de faire face à leurs obligations
familiales.
Le travail de mémoire s'articule ici autour d'un sentiment de
frustation, d'humiliation, de rage de n'avoir pas su ou pu maîtriser
cette «modernisation» qui fit d'eux des citoyens pour les rejeter
ensuite à la marge du monde. Plus qu'une nostalgie, le retour sur le
Passé tente une «réparation» d'un kazi révolu. C'est un travail de
deuil du passé colonial tout autant qu'une négociation sociale de son
héritage et un débat politique en attendant des jours meilleurs.