De la forge au laboratoire : naissance de la métallurgie physique : 1860-1914

La mutation de la filière sidérurgique vers le tout acier après 1880 est à
l'origine de la naissance de la métallurgie physique. L'utilisation massive de
ce matériau aux possibilités prometteuses, mais encore souvent imprévisibles,
incite alors les producteurs et les utilisateurs d'acier à se lancer dans des
recherches visant à relier les propriétés mécaniques du matériau à ses
caractéristiques physiques et chimiques. Une collaboration internationale
active s'établit entre ingénieurs et savants autour d'un objectif commun :
construire un corpus scientifique susceptible d'expliquer les comportements
encore mystérieux du matériau acier. Rapidité de transmission des
informations, qualité des contacts, dynamisme des discussions qui animent
les controverses sont autant de facteurs qui assurent le succès de cette
entreprise.
Deux dates significatives jalonnent l'émergence de la nouvelle science
du métal : 1886, année de la mise au point par H. Le Chatelier d'un
thermocouple permettant la mesure des hautes températures et 1900, année
de la rencontre entre théorie et expérimentation avec l'application des lois
de la thermodynamique au diagramme d'équilibre expérimental des alliages
fer-carbone. Après 1900, les laboratoires de Recherche-Développement
utilisant ces acquis scientifiques pour étudier et développer les aciers spéciaux
se multiplient dans les usines.
Le tournant du siècle marque aussi un changement important dans
l'enseignement. La métallurgie physique, structurée comme science
autonome, s'impose à la veille de la première guerre mondiale, permettant
la diffusion de nouvelles technologies à base scientifique dans l'industrie au
cours des décennies suivantes.