
"Il y a des seins pleins de calme. Il y a des seins
pleins de douleur. Il y a des seins pleins de passion.
Il y a des seins pleins de divorce. Il y a des seins
pleins de calamités. Il y a des seins pleins de poison.
Il y a des seins pleins d'énervement. Il y a des
seins pleins de larmes. Il y a des seins pleins de
nuit. Il y a des seins pleins de surprises. Il y a des
seins pleins de charité. Il y a des seins pleins d'adultère.
Il y a des seins pleins d'or amassé."
Catalogue irraisonné, variation infinie sur le même
objet, le livre des seins est un inventaire fou, baroque,
parsemé de métaphores délirantes, le livre d'un adorateur,
que Ramón Gómez de la Serna écrivit, de son
propre aveu, "à la va-comme-je-te-presse, jonglant
ludiquement avec les brefs ivoires des seins, jouant
du style, les modelant du verbe et de l'imagination
comme en leur propre céramique idéale".