Psychanalyse, n° 17

Souhaitons qu'en 2010 vous ayez vu le film de Michael Haneke Le ruban
blanc ! Rarement l'écriture cinématographique, dont on sait la parenté
avec le rébus, aura su montrer de façon aussi probante que le mauvais
exemple vient d'abord d'en bas, et comment une collection hétéroclite de
pères, dont le trait commun est de penser que la loi et l'ordre doivent
venir à bout de la jouissance, fabrique une portée de nazillons. La psychanalyse
elle-même, quand elle s'abuse d'une conception totalitaire de
la castration, n'est pas à l'abri d'un tel résultat. «La vraie psychanalyse»
pourrait par contre glisser à l'oreille d'Haneke qu'on peut heureusement
compter sur les fils et filles pour échapper au destin que leur réserve
l'aveuglement paternel, à condition de nommer le point, infiniment
variable, où un père n'est jamais à la hauteur. C'est d'ailleurs ce dont
témoigne le jeune instituteur qui se fait le passeur de l'histoire.