Gardien au Lazaret. Les rivages couleur de rose

Alexandre Papadiamantis (1851-1911), auteur de romans historiques et d'environ
cent quatre-vingts nouvelles qui ont pour cadre Athènes ou son île natale de
Skiathos, est considéré dans son pays comme le plus grand prosateur des lettres
grecques.
Le présent recueil permet de découvrir le meilleur de son talent dans une
traduction inédite, sous la plume élégante et précise de René Bouchet. Ce
spécialiste de Papadiamantis a déjà rendu accessibles aux lecteurs français plusieurs
nouvelles de cet écrivain, des romans contemporains, comme le Dikôlon de Yannis
Kiourtsakis, et des textes médiévaux, dont la Chronique de Morée.
La première nouvelle de ce volume, «Gardien au lazaret», n'a jamais été traduite
en français. Elle se constitue autour du motif de l'attente. La vieille Skévo Gialis
se languit de son fils, Stavros, parti en mer. Une lettre lui annonce son retour. Mais
une épidémie de choléra empêche les retrouvailles : Stavros et l'équipage de son
bateau, comme ceux des autres navires, sont placés en quarantaine dans la solitude
d'un îlot. Skévo intrigue pour rejoindre son fils, mort ou vivant, au péril de tous
les dangers...
Dans la seconde nouvelle - remarquée par Octave Merlier dès 1965 - «Les Rivages
couleur de rose», se trouvent rassemblés plusieurs grands thèmes de l'oeuvre de
Papadiamantis : la mort volontaire, l'amour impossible, l'exil, le retrait du monde.
Le narrateur, désespéré par une passion malheureuse, part en mer sur une barque.
La tentation du suicide est grande, ou à tout le moins celle de quitter les siens.
Stamatis, cet amis sans illusion sur l'amour qui le sauve de la noyade, n'a-t-il pas
déjà pris ce chemin ? Tous deux sont rejoints par Diamandis Agallos, poursuivi par
le fantôme de sa fiancée délaissée, et par le berger Stathis, marié de force par le
maire de son village.
C'est toute la Grèce, celle des paysages maritimes et des passions tragiques, qui
surgit en mille éclats. Une prose poétique à la beauté saisissante.