Une sociologie de l'autodestruction : addictions, auto-réclusion, errance, abandon de soi...

Clochards, anorexiques, toxicomanes... en un peu moins de deux
décennies de nouveaux personnages ont colonisé notre paysage
médiatique, et le territoire de notre mal de vivre.
Nous montrerons que leur singulier pouvoir de fascination vient
de ce que la passion qui les rassemble, la passion de
l'autodestruction, est aujourd'hui devenue le nouvel objet de la
vieille pratique de l'exclusion, faisant d'eux l'exact équivalent
pour notre temps de ce qu'avaient été le lépreux pour le
Moyen-Age et le fou pour l'âge classique ; c'est-à-dire bien
moins en fait la manifestation d'une terreur que celle d'une
sourde tentation. En ces temps de performance, où il ne semble
plus permis à quiconque de se dérober à l'action et à la
responsabilité, il peut en effet quelquefois se trouver beaucoup
de séduction, dans les idées d'absence, d'oubli... de rien.