L'homme terrible de la ville : Nazih Khater, témoin, acteur et inspirateur de la vie culturelle de Beyrouth de 1960 à 2014

Beyrouth. Rue Hamra. Des
pas lents. Silencieux. Décidés.
Une silhouette mince rôde sur
la ville. L'homme au béret
entre au café. S'installe sur
sa chaise. Avec noblesse,
élégance, dignité. Le visage
imperturbable. Le sourire doux.
Menaçant. Les gestes assurés. Il
regarde autour de lui sans rien
dire. Comme pour suspendre
l'angoisse. Pour surprendre.
On lui apporte son café. Avec
soin. Il verse le canderel, le
tourne avec une tranquillité
suspicieuse. Il sort ses papiers
bruns. Son feutre. Intransigeant.
Libre. Il sculpte ses mots.
Sur mesure. Minutieusement.
Méticuleusement. Qui sera
la prochaine victime ? Et le
prochain élu ? Son texte, tout
Beyrouth l'attend. Texte
terroriste, autoritaire, agressif.
Texte effrayant. Impartial. Les
critiques guettent. Ils n'osent
pas encore écrire. L'artiste
attend la sentence. Cette nuit-là,
il ne dort pas.