Esprit de lieux : à la recherche de correspondances et de signaux cachés

Esprit de lieux
Les lieux décrits dans cet ouvrage ont été choisis subjectivement par l'auteur avec pour ambition de faire partager au lecteur le sens que les Anglais donnaient au Grand Tour effectué par leurs voyageurs parcourant l'Europe au XIX<sup>e</sup> siècle.
Le voyage culturel doit non seulement permettre de transmettre les impressions personnelles du voyageur, mais aussi son ardente imagination qui ne doit pas se contenter de décrire d'une manière tangible et factuelle des oeuvres ou des lieux. Elle doit aussi, par des connexions ou des convergences, en les associant à des idées ou à des réflexions, permettre au lecteur ou à d'autres voyageurs de mieux comprendre, de mieux accepter, puis éventuellement de s'approprier de cette manière les oeuvres, ou les lieux visités, en leur trouvant un sens.
« J'ai lu avec plaisir vos souvenirs d'un promeneur solidaire.
Avec plaisir et profit, comme autant de variations qui illustrent un invariant auquel je suis de plus en plus sensible, le fait qu'il y a de l'esprit dans certains lieux que nous visitons, autant que dans les mots que nous lisons ou prononçons. Cet esprit est le don du temps à l'espace. Car ce château, ce monastère, ce palais, cette colline, ce tenement new-yorkais ont un point commun : ils racontent une histoire. Celle de leurs habitants, transsubstantiés dans un habitat, ou une niche, ou une île.
Quand il n'y a plus de profondeur de temps, de passé endormi à réveiller, il n'y a plus que des symboles abstraits ou des allégories. Alors, ne restent que des utopies qui sont, par étymologie, des non-lieux. Et ces constructions intellectuelles ne s'adressant qu'au cerveau s'effritent très vite, comme on le voit hélas avec notre héraldique dite européenne. Il est savoureux, et un peu triste, d'en voir comme une involontaire démonstration dans vos balades par monts et par vaux, si l'on s'instruit en se divertissant. »
- Régis Debray