Palombes

Rude, celui-là, pour vrai, un «terrible»
vieux chêne, en plein milieu de la force svelte des pins. Or il se met à tournoyer
- une toupie - avec un bruissement de pluie. Les palombes lui
tombent droit dessus, quelques-unes, d'abord, puis leurs ombres, rapides,
en frémissant, et puis le vol entier. Dans toutes les branches, comme une
bourrasque de grêle, un fracas de tôle, sifflant, féroce. L'arbre s'est pris à claquer,
à caracoler de peur, plutôt crépiter, et à flamber d'ailes implacables. La
ruée, la razzia sur la foison des glands. Les palombes, ma parole, les avalent
par les ailes. Elles se cognent, elles s'entre-tueraient. Elles se massacrent. En
tout cas, elles massacrent le chêne. Douces palombes.
Douces palombes, pourtant, au plumage subtilement dégradé de bleu, qui
les fait ressembler au petit jour de nos contrées atlantiques, avec des touches
de blanc éclatant, sur l'aile, un collier nacré, un bec précieux, ivoire,
carmin.
Palombes est une évocation de la Gascogne, ce pays où les palombes passent
et prennent leur élan avant de franchir les Pyrénées. Bernard Manciet
nous parle de cet oiseau bleu capable de semer dans le coeur des hommes
les passions les plus violentes.