Enfance, n° 1 (2011). Action et développement de la pensée

Voici un thème qui porte un double sens. En effet on peut le prendre
comme concernant les étapes par lesquelles le petit enfant atteint
une maturité dans le traitement cognitif : c'est l'option prise par Roger
Lécuyer. Mais on peut aussi l'entendre comme concernant chez
tout un chacun, adulte inclus, le mouvement par lequel s'organise la
pensée. C'est le point de vue adopté par la plupart des contributeurs.
Joëlle Proust propose de ces deux abords une belle synthèse sur la
base d'une conception dynamique de l'action représentée, permettant
progressivement de se distancier de sa propre performance et d'accéder
ainsi à la penser en l'évaluant. C'est qu'il faut encore ajouter à l'ambiguïté
du concept de développement les multiples définitions de l'action. Si la
pensée est action, comme le soutient Louis Quéré, et d'un point de vue
piagétien bien différent Gérard Vergnaud, alors l'expérience de l'action
permet la simulation et son cortège d'anticipations, à quelque degré de
symbole ou de code qu'on se place, et qu'il s'agisse d'interactions avec
le monde des signes, avec le monde social ou avec le monde physique.
C'est bien la démonstration que portent Frédéric Vallée-Tourangeau et
Gaëlle Villejoubert dans leur naturalisation des problèmes à résoudre.
Bien entendu la simulation trouve sa place de choix dans les études
en neuro-imagerie que nous rapporte Bernard Andrieu. Admettra-t-on
que les conflits au cours d'une action produite à deux sont une aide à
l'organisation de sa propre pensée et à la simulation de la pensée de
l'autre ? C'est ce que suggère Christine Sorsana, par ailleurs coordinatrice
de ce numéro thématique qui a l'intérêt d'organiser une confrontation
interdisciplinaire entre secteurs rarement mis en conversation. Le lecteur
y trouvera de quoi réfléchir longtemps sur la construction de sa propre
pensée et de celle des autres, et sur l'importance de la repenser.
Jacqueline Nadel, directrice d' Enfance