Histoires et portraits de Rose-Croix

La critique est une tempête qui ne peut purifier l'air sans renverser quelques chaumières.
Lessing, cité par Vulliaud.
Dans ce livre resté trop longtemps inédit, Vulliaud trace effectivement des histoires et des portraits très vivants de « Rose-Croix », d'une plume magistrale et souvent trempée dans le vitriol, car, selon sa propre expression - citée par J.-P. Laurant -, il n'hésite pas à « transpercer les personnes, pour atteindre les idées ».
Sa galerie nous montre, au début du XIX<sup>ème</sup> siècle, Willermoz nonagénaire, encore occupé à retisser ses trames et à en ourdir de nouvelles ; la loge androgyne du galant chevalier maçon de Mangourit, placée sous le haut patronage de l'Impératrice ; puis, au long de trois chapitres, l'inimitable Frère Charles Geille, « amateur de spéculations sublimes », avec ses éminentes relations (Thory, Bédarride, etc.). Ce personnage, à certains égards pathétique, est le prototype de l'occultiste naïf (ignorant, faut-il ajouter) et ambitieux à la fois, collectionneur de diplômes et de rites, aussi bien que de livres et de connaissances secrètes, toujours en quête de nouvelles lumières « sur les mystères », y compris jusqu'à celles octroyées par le fameux cartomancien Etteilla ou, à défaut, par la femme de celui-ci...
Puis, dans la galerie de Vulliaud se succèdent des personnages de plus grande envergure et plus proches de nous : Saint-Yves d'Alveydre, Péladan (avec qui Vulliaud avait été lié pendant sa jeunesse) et Papus surtout, sur lequel les archives mises à sa disposition révèlent une quantité de renseignements qui ne sont pas seulement de savoureuses curiosités... Dans un des chapitres qui lui sont consacrés, il est question, par exemple, de l'affaire de l'Ordre du Temple Rénové de Guénon et de ses amis.
Avant le chapitre des « Conclusions », nous retrouvons aussi l'étonnant personnage qu'était l'abbé Petit, l'« ornement » du fastueux salon-sanctuaire de Lady Caithness, duchesse de Pomar, la Sophia manquée de Sa Grâce Valentin II, alias Jules Doinel.
François Secret a bien voulu écrire une précieuse Note bio-bibliographique sur Paul Vulliaud, qu'il a connu et fréquenté, et mettre à notre disposition une intéressante documentation photographique ; Jean-Pierre Laurant a rédigé un avant-propos qui situe l'auteur et ces textes dans l'histoire des idées, notamment celles des années trente.
Un index et une iconographie inédite complètent ce volume.