Quai du soleil : Lyon, port d'attaches

Que reste-t-il, dans une métropole moderne, de la mémoire de son
peuplement ? Des traces visibles et invisibles, des rires et des peines, une
simple égratignure sur le marbre de l'Histoire... Et pourtant, Lyon et son
agglomération ont été, à toutes les époques, terres de migration et
d'accueil. Dans ce récit personnel, souvent autobiographique, qui prend la
forme d'un repérage destiné au tournage d'un film entre documentaire et
fiction, l'auteur décrit la ville comme le quai d'un port chargé de toutes les
épices de l'Orient mais aussi de toutes les dérives du monde actuel.
Il prend plaisir à jouer avec l'authentique et l'imaginaire, à mêler souvenirs
et fiction, et à dénouer les fils du passé pour mieux tordre le cou à
quelques idées reçues véhiculées par les «autochtones» comme par ceux
qui les ont rejoints au fil des générations. Entre humour grinçant et
tendresse pour une ville à nulle autre pareille : le fil de la vie.
«Mous' devrait bien sûr inventer ou retrouver des noms de bateaux, un
improbable Erevan, un Iakoutsk mythique, un plausible Carthagène, un
Lodz, mais aussi le Kairouan, le Ville de Marseille. Ils délivreraient chaque
jour leur cargaison de visiteurs, de travailleurs, de marchandises.
Il signalerait l'arrivée d'un lot de tabac à narghilé, aussitôt dirigé vers
l'entrepôt de la rue Villeroy, un conteneur de bouquins pour les
librairies musulmanes autour de la Place du Pont, le retour de vacances
d'une confectionneuse renommée de tresses africaines, l'escale d'un
cargo en provenance du Vietnam, chargé de victuailles orientales, d'une
péniche bourrée à craquer de vins de Grèce destinés au supermarché
Bahadourian, véritable institution de tous les exotismes alimentaires de
l'agglomération...»