Croître ou périr : population, reproduction et pouvoir en France au XVIIIe siècle

À la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, en plein siècle des Lumières, des débats secouèrent la
France autour des questions de population et de la menace d'une dépopulation
imminente du royaume, prétexte pour les esprits éclairés, philosophes, écrivains,
intellectuels, libres-penseurs, d'une nouvelle offensive contre l'Église et
le pouvoir royal, considérés comme responsables de cette «décadence». Cet
ouvrage retrace cette querelle dont certains protagonistes - Montesquieu,
Diderot, Rousseau -, sont restés célèbres, tandis que d'autres pamphlétaires,
opposants à la monarchie, progressistes de tous rangs tombés dans l'oubli,
retrouvent ici leur place.
Avec ses Lettres persanes et sa partie consacrée à la «dépopulation», Montesquieu
inaugure une polémique qui durera plusieurs décennies et qui entraîne dans
son sillage tous les grands esprits de l'époque, chacun donnant sa version de
ce qu'il considère comme la meilleure façon de «repeupler la France» : abolir
le célibat des prêtres, encourager la polygamie ou le divorce, réglementer les
relations sexuelles pour encourager la fécondité... L'histoire de cette littérature
permet de comprendre les tensions morales et politiques qui secouèrent profondément
la société, et qui ont abouti à redéfinir les relations de «genre» à
la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle et à renouveler la législation familiale sous la Révolution.
Le mouvement populationniste porte sur la place publique des questions
d'ordre privé. Il inaugure aussi de nouvelles réflexions sur le mariage, sur les
relations entre hommes et femmes, sur la famille, la place et le statut des
femmes, sur la transmission des biens et la descendance, sur la place des
enfants, et plus généralement sur la population de la France, annonçant les
futurs changements du siècle à venir.
Carol Blum nous présente ici une galerie de portraits d'époque où l'on retrouve
des prêtres défroqués, des révolutionnaires, des personnages imaginaires, des
libertins, des hommes de loi, des philosophes, et nous fait revivre leurs controverses
à travers les très nombreux extraits littéraires et pamphlétaires.
On comprend ici que cet «impératif de population», propre à la plupart des
monarchies européennes et traditionnellement lié aux conquêtes militaires,
prit en France une toute autre dimension, annonçant ainsi l'un de ses plus
importants tournants historiques.