Ressacs de la mer obscure. Imprécation

Pour Jean-Jacques Brouard, La poésie est extase au bord d'une mer originelle qui se perd dans les grands horizons où l'oeil s'enivre d'infini. [...] Elle ouvre les portes d'un au-delà de l'apparence, d'un plus profond que la surface...[...] Aussi la poésie est-elle toujours une illumination. Il faut à l'homme des mots pour voir. Sans eux, il est aveugle. L'alchimie des mots le rend voyant. La poésie est le moment cosmique de la mémoire fécondée par la foudre. La poésie est le philtre de la métamorphose et du dépassement sous l'égide d'Orphée et de Dionysos...
Par-delà les horizons intérieurs s'étend la mer obscure qui est l'imaginaire du dessous. C'est dans ses eaux noires et moirées que le poète nage avec terreur et volupté. Puis il en recueille la substance nourricière dans l'écume de ses ressacs. J.J.B.
Le temps s'appesantit. Rien ne passe. Tout stagne. Il est grand temps. Je m'extirpe de mon cocon intérieur trop exigu. Et je file vers un ailleurs tout proche.
C'est un littoral intouché fait de parois barbares, de falaises fourbes et de criques secrètes... Je le parcours, je l'arpente, je l'estime. Je me libère des barbes urticantes d'un jour bien routinier.
Dans ce lieu de paix brute, l'éternité est à portée de tête, l'immensité à portée de coeur. Loin de piétiner, je marche, et j'avance. Chaque pied que je pose sur la terre est un acte réfléchi.
Je sais exactement où me mènent mes pas : aux noces avec la mer.
Jean-Jacques Brouard, extrait de Ressacs de la mer obscure © Editions Alcyone