L'accident de soi

L'Accident de soi
Jeanne a 39 ans. Elle va partir pour Venise. Les valises sont pleines des froufrous des courtisanes. Elle a encore le temps de passer une mammographie de routine. Dans le noir et blanc du cliché dort un cancer. Il faut défaire les valises, jeter les froufrous, jeter un sein encore conquérant. Puis Jeanne va mieux. Elle entre en rémission. Elle fait tout pour oublier et faire oublier son sein de consolation.
Elle reprend sa vie. Mais elle a jeté du lest pour rester vivante. Dans le trou du sein perdu, Jeanne devient double. Où est Jeanne ? Qui est Jeanne ? Que fait Jeanne ?
Seule sa banque le sait. Jeanne est en train de claquer ses rémissions dans les machines à sous. Ses machines pansement. Elle les claquera jusqu'au dernier sou. Sa banque dealer l'accompagne et sponsorise son jeu pendant plus de dix ans. Seule sa banque sait la tragédie de Jeanne. Seule sa banque lit les relevés qui explosent de jetons rouge sang. Mais la banque se tait. Elle débranche Jeanne trop tard. Jeanne attaque cette banque dealer.
L'Accident de soi , c'est un sein de substitution, c'est une rémission condamnée, c'est le silence pour s'exprimer, c'est une banque dealer, c'est l'automédication par bandits manchots, ce sont des juges autistes et fanatiques au point de lapider à coups de l'article 700 celui qui trébuche. Cet article que Jeanne ne connaissait pas. Cet article qui ressemble à l'envers au 007 de James Bond.
Jeanne n'est pas seule à errer dans cet Accident de soi . D'autres femmes comme elle ont un crédit chagrin dans la même banque. D'autres tragédiennes comme elle continuent à jouer des vaudevilles métastasés dans cette bourgeoisie feutrée qui est leur monde. Toutes ces femmes deviennent faussaires de leur propre identité et finissent par vivre par contumace.