Les passe-pays

En Provence, jadis, les passo-pais étaient des errants miséreux
que la pauvreté et la faim avaient chassé de terres ingrates. Ils
allaient de village en village, de ferme en ferme. Quémandeurs de
pain et de soupe, affolés par leur infortune, ils acceptaient les
tâches les plus rudes. L'âpre dureté des paysans établis exploitait
leur détresse. Sans plus... Certains passe-pays arrivaient de
nations frontalières. Ils traînaient marmaille, outils, hardes avec le
seul espoir de s'enrocher à la terre provençale qu'on leur avait
décrite prospère et accueillante. Mais ils la découvraient vouée au
seul travail et à l'illusion.
Acharnés à survivre, ils trouvaient, parfois, une main tendue
par intérêt, un jardin à l'abandon, quelque maset en ruines. Alors,
de toute la force de leurs reins, à plein coeur, ivres de leur rêve, ils
s'acharnaient à l'oeuvre millénaire qui dans les vallées arides, impitoyables
avait lentement créée la civilisation provençale. Ils avaient
l'obligation de justifier leur renaissance.
Ce roman relate, avec des images magnifiques et une grande
connaissance des traditions provençales, l'installation au XIX<sup>e</sup> siècle
d'une famille piémontaise dans la région de Fréjus. Une lente, difficile
marche vers l'intégration et la nation française.
Ce texte écrit par l'auteur de La Guette et de Toi,
Durance, un vieil homme bas-alpin de souche, au vocabulaire
d'une richesse rarement égalée dans la littérature de
terroir, est le roman des traditions et des coutumes paysannes
de la Provence.