Mémoires et cultures : Haïti, 1804-2004 : actes du colloque international de Limoges, 30 septembre-1er octobre 2004

L'année 2004 a été marquée par le deux-centième anniversaire de la
proclamation de l'indépendance d'Haïti, «première république noire» du
Nouveau Monde, par Jean-Jacques Dessalines. La liberté acquise par les
esclaves révoltés est un événement majeur du XIX<sup>e</sup> siècle naissant, dont les
conséquences intéressent la plupart des sciences humaines. Les actes ici
rassemblés s'interrogent sur la manière dont l'héritage de la révolution
haïtienne se manifeste dans les différents aspects de la culture.
Ne l'oublions jamais, la naissance d'Haïti transforme l'affirmation
formelle de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en une
réalité, conquise durement. L'événement servira longtemps d'épouvantail -
en particulier dans les îles à sucre du domaine colonial français - et
continuera tout au long du siècle à être présent dans l'histoire nationale et
régionale de la France où les «réfugiés» de Saint-Domingue sont nombreux.
L'«oubli» d'Haïti dans l'historiographie française sera sans doute l'une des
conséquences indirectes de la conquête du nouvel empire colonial...
Mais la libération des esclaves de l'ancienne Saint Domingue pose aussi
le problème de l'anthropologie haïtienne. Autrement dit, la «mémoire», la
construction culturelle de la libération est un point de départ évidemment
essentiel pour comprendre la société haïtienne y compris dans ses aspects les
plus récents.
La littérature pose également la question du rôle des écrivains dans la
construction des mythes culturels que ce soit par le biais de la littérature
française (Hugo, avec Bug-Jargal , pour la littérature prestigieuse ; Rebell
avec Les Nuits chaudes du Cap Français , pour celle de second rayon), des
innombrables récits de voyage, ou par celui de la littérature produite par les
Haïtiens aussi bien que par l'élaboration, en Afrique, d'une Haïti mythique,
écho inversé et diffracté de l'Afrique mythique de l'imaginaire haïtien.