Le choc des empires : Napoléon et le tsar Alexandre

À Tilsit, Napoléon découvre dans le tsar Alexandre l'associé,
l'allié, l'autre maître du monde. Cinq ans plus tard, Moscou brûle
et Alexandre se veut le messager de la colère de Dieu ; à Vienne,
il fera condamner Napoléon comme «hors-la-loi des nations».
L'alliance de l'empereur et du tsar était-elle une illusion ? Et
le projet de Tilsit - un condominium franco-russe sur l'Europe,
le partage de l'Empire ottoman, une expédition commune en
Inde - une tentation éphémère ?
Napoléon est un conquérant, un chef de guerre, l'un des
plus grands de tous les temps. À Dresde, devant un parterre de
monarques, il se comporte en empereur d'un nouveau Saint-Empire
d'Occident, en suzerain des rois et princes européens.
Si Alexandre s'affirme aussi comme un conquérant, ce n'est
pas la faim de territoires qui l'anime, mais la conquête des
esprits, l'élaboration d'une nouvelle idéologie pour l'Europe
à reconstruire. Chez lui, le prophète bouscule le conquérant.
Souverain de droit divin, il s'érige en libérateur des peuples, en
fédérateur des oppositions nationales au pouvoir napoléonien.
Deux destins parallèles... Conquérant ou prophète, Napoléon
et Alexandre ne pouvaient s'accommoder d'un monde fondé sur
les États souverains, la négociation, le compromis. Ils étaient des
révolutionnaires ; ils voulaient échapper au présent, au concret,
aux règles interétatiques. Le conquérant Napoléon et le prophète
Alexandre voulaient modeler le monde à l'image de leur volonté
- le premier en prétendant à la monarchie universelle, le second
en appelant à la réconciliation de l'humanité.