Penser et représenter le corps dans l'Antiquité : actes du Colloque international de Rennes, 1er au 4 sept. 2004

D ans un article fondateur paru en 1934, Marcel Mauss invitait anthropologues,
sociologues et historiens à étendre leurs investigations aux techniques corporelles,
désignant par cette expression les façons dont les hommes se servent de
leur corps dans une société donnée. Cet art d'utiliser son corps varie d'une société à une
autre, d'une époque à une autre : c'est pourquoi penser le corps ou le représenter ne se
réduisent pas à une somme de connaissances scientifiques, mais relèvent bien d'une
histoire, avec ses rythmes propres, ses ruptures et ses évolutions spécifiques.
Depuis près de quarante ans, la recherche scientifique s'est évertuée à mettre en évidence
cette histoire principalement à partir de l'avènement du christianisme, plus exactement
à partir de l'émergence de nouvelles subjectivités, dans le but d'élucider les relations
complexes que notre modernité décèle derrière les usages des plaisirs ou le souci
de soi. Mais avant cette modernité, comment pensait-on le corps ? Quels étaient les systèmes
de représentations mentales qui structuraient l'appréhension corporelle dans ses
tâches et ses emplois quotidiens ou exceptionnels ? Si l'éducation ou la tradition impriment
des marques culturelles indélébiles sur le corps de tous et chacun, comment les
corps ont-ils fonctionné dans les sociétés de l'Antiquité ?
Le colloque international tenu sur ce thème à l'université Rennes 2, dans le cadre
de la Celtic Conference in Classics , se proposait d'apporter quelques réponses à ces questions
et de livrer, par des études de cas, quelques clefs de compréhension. Les sociétés
des cités grecques ou de l'Empire romain ont édicté des conduites, sanctionné des écarts,
selon leurs normes propres, souvent bien éloignées des nôtres, parfois si proches aussi.
Et, loin de réduire le corps à n'être qu'un instrument de savoir-vivre ou un carcan étroitement
surveillé, les Anciens ont surtout développé une pensée pour que le corps sache
vivre et mieux vivre dans le monde.