Exils et troubles de la pensée

Quand la terre d'origine se dérobe, l'individu se sent attaqué
dans ses processus de pensée. L'aire transitionnelle primitive,
nécessaire aux processus de créativité, est mutilée à travers cette
perte territoriale : la mentalisation s'effondre, l'être perdant ses
racines. Le sentiment d'être «déraciné» est, sans aucun doute, la
plainte réitérée le plus fréquemment chez l'exilé en souffrance. La
dépression sous-jacente fait que le sujet ne peut plus se tenir, se
soutenir avec la terre qui l'a, dans son fantasme, abandonné. Les
troubles de la pensée sont concomitants à ce sentiment de ne plus
être soutenu par la terre-mère.
La terre-mère nous semble avoir une importance particulière
dans cette répartition des aires épistémophiliques. Chez nos sujets,
la mise en oeuvre des processus de démentalisation est initiée par
des départs primordiaux effectués par leurs ascendants : celui du
pays d'origine d'une part et celui du pays d'accueil, y abandonnant
leurs descendants.
La question de l'origine se joue, essentiellement, à travers la
relation transgénérationnelle car l'origine du sujet est dans ses
ascendants. Ces exils de la pensée, à travers nos cas infanto-juvéniles,
sont toujours liés à l'aire grand-parentale : soit par leur
absence dans les lieux privilégiés de leur existence, soit par leur
comportement entraînant une exclusion territoriale de leurs
descendants.