Bifrost, n° 82. Neil Gaiman : entre miroirs et fumées

Il y aura des gens pour vous affirmer que
l'habit fait le moine et, en général, ils ont
tort. Toutefois, il serait justifié de dire que,
quand le jeune marquis en devenir avait
enfilé ce manteau pour la toute première
fois, se contemplant dans le miroir, il s'était
alors redressé et sa posture modifiée tant
il savait, à observer son reflet, que le
personnage qui arborait un tel manteau
n'était pas un adolescent quelconque, pas
un quelconque chapardeur et trafiquant de
faveurs. Le garçon revêtu du manteau qui,
à l'époque, était trop grand pour lui, avait
souri à son image et s'était remémoré une
illustration vue dans un livre : le chat d'un
meunier dressé sur ses deux pattes de
derrière. Un chat décidé, habillé d'un beau
manteau et de grandes et fières bottes.
Aussi s'était-il attribué un nom.
Un tel manteau, il le savait, était d'un
genre que ne pouvait porter que le marquis
de Carabas...