A l'ombre de l'eucalyptus

Par le hublot entrait une mince noirceur. Le voyage remonterait
la nuit. Et l'arrivée serait baignée de la lumière nacrée du matin.
Il soupira. Lorsque les lumières à bord de l'avion se tamisèrent,
il posa sa tête sur l'oreiller et regarda sa montre. Il était vingt-trois
heures, ce serait le retour au soleil. Qu'est-ce qui l'attendait au
bout du voyage ? Comment trouverait-il ses parents, ses amis,
son pays ? Il était inquiet. Il était troublé et vulnérable. Il essayait
de prévoir l'inconnu : en fait, sa nouvelle vie serait-elle si différente
de celle qu'il avait vécue dans le silence, dans l'éloignement
et la solitude ? Les retrouvailles, les sources de son enfance,
atténueraient le souvenir de l'éprouvante déchirure de l'absence.
Il retrouverait ce qu'il avait toujours connu, ce qu'il avait quitté
depuis dix ans : des contacts chaleureux, une autre façon de
voir la vie et les autres. En tout cas, il n'y aurait certainement pas
de ces froids, de ces indifférences qui faisaient hésiter les gens
à saisir la main tendue amicalement. Le futur était devenu le
présent. Il songeait à ces jours chauds et intenses avec sa famille,
où les sourires effaceraient discrètement la douleur de l'attente.
Il rêvait d'une vie douce et agréable. Son plus grand souhait était
de trouver la sérénité. Oublier sa déception. Il ferma les yeux et
dormit d'un sommeil calme.