Raison et système chez Hegel : de la Phénoménologie de l'esprit à l'Encyclopédie des sciences philosophiques

Le déploiement du système hégélien est inséparable de sa genèse et de sa maturation au sein
d'une pluralité d'oeuvres majeures - mais souvent peu lues -, qui constituent le corpus de
l'idéalisme allemand. La reconstitution du fondement de la "Critique de la raison pure" et le
problème de la fondation du savoir philosophique constituent assurément l'une des principales
clefs pour entrer dans l'intelligence des philosophies post-kantiennes, comme l'attestent les
spéculations, ouvertes à la suite de Reinhold, Fichte et Schelling, sur la quête du "Premier
Principe", sur la recherche de l'inconditionné ou sur la liberté du Moi dont l'activité est postulée
au fondement des systèmes de la subjectivité. Ce "détour" par l'idéalisme post-kantien peut seul
éclairer les passages les plus difficiles de la Phénoménologie de l'Esprit, ainsi que les grandes
articulations de l' Encyclopédie des Sciences Philosophiques. Mais si la pensée hégélienne hérite
de ces réflexions, elle leur donne une tournure nouvelle, grâce à une conception circulaire de la
systématicité qui, tout en affirmant l'inséparabilité de la détermination progressive du
commencement de la science et de sa fondation régressive, refuse toute considération "introductive"
à la philosophie qui prétendrait séparer la "méthode" - habituellement comprise comme un
préalable à l'usage de la raison - de son déploiement effectif au sein de l'acte même de connaître
que la méthode dirige et dont elle récapitule rétrospectivement le cheminement.
A travers une lecture patiente et minitieuse des principaux textes de l'idéalisme allemand, de
la Critique de la raison pure de Kant à l' Encyclopédie des Sciences Philosophiques de Hegel,
en passant par la Philosophie élémentaire de Reinhold et la Doctrine de la science de Fichte, l'auteur
s'efforce, en prenant la thématique du fondement comme fil conducteur, de retracer le
développement de la rationalité depuis l'affirmation fichtéo-kantienne du primat de la raison
pratique jusqu'à son achèvement spéculatif dans l'Idée logique, où la Raison, ayant surmonté
sa finitude, parvient à se réconcilier avec la réalité dont elle dégage le sens ultime en se posant
comme le fondement des parties réelles de la science (Nature et Esprit). Au terme de ce parcours,
il apparaît que la spéculation hégélienne, loin d'être ce qui violente le réel en lui "imposant" des
catégories étrangères, se présente au contraire comme un "hyper-empirisme" (B. Bourgeois) qui
se veut accueillant au donné et au surgissement du "ceci est", quand bien même l'origine ferait
par la suite l'objet d'une réappropriation conceptuelle au sein du savoir absolu, manifestant du
même coup l'emprise de la systématicité sur une raison infinie dont la clôture spéculative vient
compromettre la destinée au sein de la modernité.