Bonsoir, monsieur Williams

Des années durant, j'ai traîné ce texte. Dans mes poches ?
Dans ma tête ? Des années durant, je me suis demandé quel
diable me poussait à vouloir raconter une telle histoire : la
dernière nuit de Tennessee Williams. Et de cette façon-là, surtout.
Maintes fois j'ai tenté de savoir pourquoi cela m'obsédait
à ce point. Pourquoi j'y revenais avec une petite peur au ventre.
Pourquoi des passages entiers me demeuraient si obscurs, si
effrayants, alors qu'ils s'imposaient à moi en les écrivant. Puis
un jour, un terrible jour, un de ces jours où l'appel du miroir se
fait si pressant, où l'on se retrouve de l'autre côté par pure
nécessité, j'ai compris. Ce n'était pas tant Tennessee Williams
qui mourait, plutôt la somme de tous nos désirs créateurs, ces
démons qui nous portent, et que nous n'arrivons pas à supporter.
Ce jour là, il y eut de la lumière là où il n'y avait que des
ombres.
Cette pièce en moi était enfin née pour pouvoir l'écrire.
Elle a été représentée pour la première fois à Paris, au théâtre
André Bourvil, au mois d'Avril et Mai 1997, avec le comédien
Jacques Buron dans le rôle-titre.
Jean-Yves Simon