Les artistes ne meurent jamais

Les artistes ne meurent jamais
« Je m'enfonçais hypnotisée dans la lune opale qui jetait ce soir-là sa nappe sur la mer et m'offrait les prestiges d'un éclairage de scène. C'est à ce moment que je vis deux nageuses en crawl, puis disparues, au loin. Lenteur du dévêtement puis de la préparation avec les bras, en rotation, les épaules qu'on chauffe, d'avant en arrière et les jambes qu'on déleste. Puis la plongée. Elles nageaient, ne pensaient qu'à ça. J'étais happée par la beauté de cette vision jusqu'à ce que je les perde de vue. Jusqu'à ce que je perde de vue les bras-mouettes, les élans purs, soulevant l'eau et mourant avec elles pour renaître à l'amble. Au loin, l'infini découpé entre les rochers, les criques, les arbres. Chaque fois, je marchais dans la chaleur. J'oubliais les bruits de la ville. Quand la nuit venait, même les bruits sur les hauteurs abolissaient les rumeurs les plus familières aux hommes. C'est là, dans les grandes et éreintantes marches que je me réconciliais parfois avec le monde. »