Métamorphose ultra-orthodoxe chez les juifs du Maroc : comment des séfarades sont devenus ashkénazes

Au début du XX<sup>e</sup> siècle, trois grands foyers religieux se partagent
encore le monde juif : Jérusalem, Vilna « la Jérusalem de Lituanie »,
Meknès (Maroc) « la Jérusalem de l'Ouest ». A cette époque, débute
l'influence du courant ashkénaze lituanien sur les séfarades du Maroc,
doublée bientôt d'une lutte ouverte entre religieux ultra-orthodoxes et
laïcs de l'Alliance Israélite Universelle, pour prendre en mains l'éducation
des enfants.
Le monde européen des yechivot (écoles d'enseignement de la Tora
ou loi de Moïse) a été anéanti dans la Shoah. Après la guerre, des rescapés
ultra-orthodoxes ont tenté de le faire revivre en recrutant au
Maroc des milliers d'élèves envoyés dans des institutions en France, en
Angleterre, et aux Etats-Unis.
En Israël, durant la période des grandes vagues d'immigration
(1950-1970), une partie des jeunes venus d'Afrique du Nord a intégré
l'enseignement scolaire du courant dit «lituanien». En 1984, le rav
Chakh (leader ultra-orthodoxe lituanien) organise des séfarades issus
de cette mouvance afin de créer le parti Chass qui obtient par la suite
un succès électoral notable. Si le groupe concerné a pu acquérir ainsi
son indépendance politique, le monde des yechivot séfarades est resté
sous l'influence voire sous la domination des «lituaniens».
L'auteur éclaire historiquement - et c'est inédit - cette métamorphose
culturelle paradoxale qui pose question : comment des juifs séfarades
ont-ils pu à ce point devenir ashkénazes ? L'étude s'appuie sur des archives
locales et des entretiens menés avec des chefs de file du courant
ultra-orthodoxe.