A quoi bon la poésie, aujourd'hui ?

Répondre à la question À quoi bon la poésie,
aujourd'hui ? c'est d'abord envisager ce que sont
les pouvoirs et les enjeux de la poésie dans un monde
qui tend à réduire cette pratique à une confidentialité
qui la marginalise face à la fiction romanesque. Cette
journée d'études, qui a réuni créateurs, critiques et
essayistes, a pourtant mis en évidence la vitalité du genre et
sa vocation à être encore la conscience critique de son temps.
Les diverses contributions ont placé sous un nouvel éclairage la
responsabilité éthique du poète. Dans ce sillage, l'engagement est
encore de mise ; mais après sa phase idéologique, il a cédé la place à
l'histoire du sujet. Alors la poésie n'hésite pas à utiliser les ressorts de
l'intimité qui avait été jugée indécente pour se faire « poésie indiscrète » ;
entendons par là l'attitude de celui qui est le témoin gênant des
événements. À côté des exemples précis empruntés essentiellement au
domaine espagnol, la table ronde autour de Christian Prigent est l'occasion
de repenser le divorce - toujours déroutant - entre le langage poétique et
l'adéquation au monde du logos. Le désir d'écrire envers et contre tout est
en soi une dynamique inépuisable. Même s'il reste peu de choses des
spéculations théoriques des avant-gardes, toutes époques confondues
(dimension polémique, souci de l'impact civique, questionnement
idéologique), ce peu est incontournable.