Le déni des cultures

La plupart des hypothèses visant à expliquer la dérive
des cités sensibles (chômage, délitement de l'autorité...)
font l'impasse sur sa dimension culturelle. Et quand
elles la mentionnent, c'est pour la caricaturer sous
les traits d'un communautarisme dont on stigmatise
les expressions en négligeant les discriminations
et la ségrégation qui l'alimentent. C'est contre ce
double déni que s'élève Hugues Lagrange. Loin de
considérer les constructions culturelles des quartiers
d'immigration comme des produits d'importation
marqués d'une irréductible altérité, il y voit le fruit
d'une douloureuse confrontation entre des héritages
culturels, des tentations de «re-traditionalisation» et
une société d'accueil elle-même victime d'un grand
backlash idéologique et moral. Il distingue ainsi les
expériences migratoires (celles des Maghrébins ne sont
pas celles des Africains du Sahel ou des Turcs), détaille
les mécanismes d'ethnicisation des quartiers et dresse
un portrait des rapports entre les sexes ainsi que de
l'autoritarisme masculin qui prévalent dans les cités.