Traversées du miroir : mélanges offerts à Erika Tunner

Traverser le miroir, «ouvrir la fenêtre derrière la fenêtre»,
comme le suggère le narrateur dans un récit évoqué par Erika
Tunner dans une étude qu'elle consacre à l'influence d'E.T.A.
Hoffmann sur la littérature européenne du XX<sup>e</sup> siècle, autrement
dit déceler derrière l'apparence des choses et des êtres l'autre - et
peut-être la vraie - réalité, et - pourquoi pas encore - mettre au
jour «l'inquiétante étrangeté», les confins énigmatiques du
monde ou le mystérieux tréfonds des individus : inlassablement,
dans ses nombreux travaux, interrogeant avec une acuité
extrême la littérature, Erika Tunner a poursuivi cette quête.
Les textes qui constituent cet ouvrage et dont les auteurs ont
un jour croisé l'itinéraire d'Erika Tunner - moment à jamais
lumineux pour tous - retrouvent, de bien des façons, les préoccupations
et les champs d'investigation de cette germaniste d'exception.
L'Allemagne est présente, bien sûr, mais aussi la Suisse
alémanique. Et l'Autriche, fondamentalement. Vienne donc
(notamment), mais aussi le Harz et les rivages de la Mer du
Nord. Et Prague. Le théâtre est représenté, comme la prose
(roman, nouvelle, conte) et la poésie. Le XIX<sup>e</sup> siècle bien
entendu, mais aussi le XXI<sup>e</sup> siècle le plus immédiat. De Raimund
et Stifter à Evelyn Schlag et Raoul Schrott. Et puis Franz
Kafka, Thomas Mann, Heinrich Heine, les frères Grimm, Theodor
Storm, Jean Paul, Irmtraud Morgner, Peter Handke, Leopold
von Sacher-Masoch, Karl Emil Franzos, Robert Musil, Ingeborg
Bachmann, Max Nordau, Friedrich Dürrenmatt, Gustav Mahler.
Toutes ces contributions effectuent, chacune à sa manière,
autant de «traversées du miroir».